Les émotions chez le chien : excitation, stress, peur et auto-contrôle
Un chien qui aboie, tire sur sa laisse, saute, grogne ou semble ne plus écouter n’est pas forcément « désobéissant ».
Il peut simplement être débordé par une émotion.
Mais toutes les émotions ne sont pas les mêmes. Il est notamment important de distinguer :
- l’excitation, souvent liée à l’envie, au jeu, à l’anticipation ou à une forte motivation ;
- le stress, lorsque le chien doit faire face à une situation exigeante ou difficile à gérer ;
- la peur, lorsqu’il perçoit une menace ou un danger.
Ces états peuvent parfois produire des comportements très proches, mais ils ne doivent pas forcément être abordés de la même manière.
L’excitation : « J’ai très envie ! »
L’excitation correspond à un niveau d’activation important.
Elle peut apparaître lorsque le chien :
- voit sa balle préférée ;
- attend sa gamelle ;
- retrouve une personne qu’il apprécie ;
- aperçoit un congénère avec lequel il souhaite interagir ;
- s’apprête à partir en promenade ;
- anticipe une activité qu’il adore.
Le chien peut alors courir, sauter, aboyer, tirer sur sa laisse ou avoir beaucoup de difficultés à rester calme.
Cette excitation n’est pas forcément négative. Le chien peut être heureux et très motivé, tout en étant tellement excité qu’il devient momentanément incapable de se contrôler correctement.
Quel est le rôle de la dopamine ?
La dopamine joue notamment un rôle important dans la motivation, l’anticipation et la recherche de récompense.
Un chien passionné par une balle peut par exemple devenir très excité dès qu’il la voit, avant même qu’elle soit lancée.
La dopamine participe donc notamment à ce mécanisme :
« Je veux obtenir quelque chose. »
Il n’existe cependant pas de « seuil de dopamine » permettant de mesurer simplement le niveau d’excitation d’un chien.
En pratique, il est beaucoup plus utile de se demander :
Mon chien est-il encore capable de réfléchir malgré son excitation ?
Le stress : « Cette situation est difficile à gérer »
Le stress correspond à une réponse de l’organisme lorsqu’il doit s’adapter à une situation particulière.
Il n’est pas toujours négatif. Une nouveauté, un exercice difficile ou une activité physique peuvent provoquer une certaine activation sans forcément mettre le chien en difficulté.
Le problème apparaît surtout lorsque le stress devient :
- trop intense ;
- trop fréquent ;
- trop long ;
- ou lorsque le chien ne parvient plus à récupérer correctement.
On peut alors observer différents signes :
- halètement ;
- agitation ;
- vigilance importante ;
- difficulté à se concentrer ;
- bâillements ;
- léchages de truffe ;
- tremblements ;
- recherche d’éloignement ;
- réactions inhabituelles.
Quel est le rôle du cortisol ?
Le cortisol participe à la réponse physiologique de l’organisme face au stress.
On le présente souvent comme « l’hormone du stress », mais cette expression est simplifiée.
Une augmentation du cortisol indique que l’organisme est sollicité, mais elle ne permet pas à elle seule de savoir précisément ce que ressent le chien.
Il n’existe surtout aucun taux universel de cortisol permettant d’affirmer qu’un chien vient de dépasser son seuil émotionnel.
Pour un propriétaire, le comportement du chien reste donc l’indicateur le plus utile.
La peur : « Je veux me protéger »
La peur apparaît lorsque le chien perçoit quelque chose comme dangereux ou menaçant.
Face à cette émotion, il peut chercher à :
- s’éloigner ;
- fuir ;
- se cacher ;
- s’immobiliser ;
- augmenter la distance ;
- ou, s’il estime ne pas pouvoir fuir, menacer ou attaquer.
Un chien qui grogne ou aboie sur un congénère n’a donc pas nécessairement envie d’aller vers lui.
Il peut au contraire chercher à lui dire :
« Reste loin de moi. »
C’est une différence essentielle avec certains comportements liés à l’excitation.
Excitation et peur peuvent pourtant se ressembler
C’est là que les choses deviennent parfois difficiles pour le propriétaire.
Un chien excité peut :
- tirer ;
- aboyer ;
- bondir ;
- fixer quelque chose.
Un chien inquiet ou effrayé peut également présenter exactement les mêmes comportements.
Il faut donc observer l’ensemble du chien et le contexte.
Exemple d’un chien excité
Il voit un congénère et :
- cherche à s’en approcher ;
- saute ;
- tire vers lui ;
- semble très actif ;
- cherche l’interaction.
Son problème principal peut être la frustration de ne pas pouvoir rejoindre l’autre chien.
Exemple d’un chien inquiet ou effrayé
Il voit un congénère et :
- se raidit ;
- fixe ;
- cherche parfois à reculer ;
- aboie ou grogne lorsque l’autre s’approche ;
- cherche à maintenir une distance de sécurité.
Dans les deux cas, le chien peut tirer et aboyer.
Mais l’émotion qui provoque le comportement n’est pas la même.
Le seuil émotionnel
Quelle que soit l’émotion, il existe un moment où son intensité devient trop importante pour que le chien puisse encore facilement réfléchir.
On peut parler de seuil émotionnel.
Tant que le chien reste sous ce seuil, il peut encore :
- observer ;
- prendre une friandise ;
- détourner son attention ;
- répondre à son humain ;
- faire différents choix.
Lorsque l’émotion devient trop intense, il peut :
- aboyer fortement ;
- tirer ;
- se figer ;
- fuir ;
- se jeter vers le stimulus ;
- refuser de la nourriture ;
- sembler ne plus entendre son humain.
À ce moment-là, demander davantage d’obéissance est souvent peu efficace.
Le seuil n’est pas le même selon l’émotion
Pour un chien très excité par une balle, on cherchera par exemple à diminuer l’intensité du jeu et à travailler le retour au calme.
Pour un chien qui a peur d’un congénère, la priorité sera plutôt d’augmenter la distance et de lui redonner un sentiment de sécurité.
Pour un chien frustré de ne pas pouvoir rejoindre un autre chien, on pourra progressivement travailler l’attente, le renoncement et la capacité à détourner son attention.
C’est pourquoi il est essentiel de chercher à comprendre :
« Quelle émotion se trouve derrière le comportement ? »
Qu’est-ce que l’auto-contrôle ?
L’auto-contrôle correspond à la capacité du chien à ne pas répondre immédiatement à une envie ou à une impulsion.
Par exemple :
- attendre avant de sortir de la voiture ;
- ne pas courir immédiatement vers un autre chien ;
- attendre quelques secondes avant d’obtenir sa nourriture ;
- détourner son attention d’une balle ;
- revenir vers son humain malgré une distraction.
L’auto-contrôle est particulièrement important lorsque le chien est excité ou très motivé.
Mais face à une peur importante, demander davantage d’auto-contrôle n’est pas toujours la priorité.
Un chien effrayé a d’abord besoin de retrouver suffisamment de sécurité pour pouvoir apprendre.
Deux chiens qui tirent vers un congénère : deux situations différentes
Imaginons deux chiens qui aperçoivent un congénère.
Le premier tire parce qu’il veut absolument aller jouer.
Le second tire, aboie et se jette en avant parce qu’il cherche à maintenir l’autre chien à distance.
Extérieurement, leurs comportements peuvent sembler similaires.
Pourtant :
le premier est surtout excité et frustré ;
le second peut être inquiet ou avoir peur.
La réponse éducative devra donc être différente.
Comment aider son chien ?
Face à une forte excitation
- réduire l’intensité de la situation ;
- faire régulièrement des pauses ;
- renforcer les moments de calme ;
- apprendre progressivement à attendre ;
- travailler le renoncement ;
- alterner activité et récupération.
Face à la peur ou à un stress important
- augmenter la distance ;
- éviter de forcer le chien à affronter ce qui lui fait peur ;
- lui permettre de s’éloigner ;
- travailler progressivement ;
- associer la situation à des expériences positives ;
- respecter son rythme.
Dans tous les cas, le chien apprend mieux lorsqu’il reste sous son seuil émotionnel.
Attention à l’accumulation des émotions
L’état émotionnel du chien dépend aussi de ce qu’il a vécu auparavant.
Une journée comprenant un trajet inhabituel, une visite chez le vétérinaire, plusieurs rencontres avec des chiens, beaucoup de bruit et peu de repos peut rendre un chien beaucoup plus sensible.
Une petite difficulté supplémentaire peut alors déclencher une réaction beaucoup plus importante que d’habitude.
Il est donc important de regarder l’ensemble de la journée, et pas uniquement l’événement qui vient de provoquer la réaction.
À retenir
Excitation, stress et peur ne sont pas la même chose.
L’excitation peut être liée à une expérience positive : jeu, récompense, rencontre ou anticipation.
La peur est liée à la perception d’un danger ou d’une menace.
Le stress correspond à la mobilisation de l’organisme lorsqu’il doit s’adapter à une situation exigeante.
La dopamine participe notamment à la motivation et à l’anticipation d’une récompense.
Le cortisol participe à la réponse physiologique au stress.
Mais il n’existe pas de taux précis de dopamine ou de cortisol permettant de déterminer simplement qu’un chien a dépassé son seuil émotionnel.
Le meilleur indicateur reste son comportement.
Avant de chercher à corriger une réaction, une question est donc essentielle :
« Mon chien veut-il aller vers cette situation, ou cherche-t-il au contraire à s’en protéger ? »
Comprendre cette différence permet de mieux identifier l’émotion à l’origine du comportement et d’adapter l’accompagnement du chien.